Plonger
le regard
et y voir d'étranges choses
Extrait
Prologue
SUR UNE BRETELLE d’autoroute, des véhicules foncent, crachant leurs fumées dans un air saturé par leurs gaz nauséabonds et leur vacarme assourdissant. Près du flot incessant des bolides, un homme est assis sur un remblai bétonné au pied d’un pont. Virgil ne semble pas porter attention au torrent mécanique qui se déchaîne sous ses pieds. Au contraire, avec sa chemise à manches courtes – aux motifs fleuris – et son sourire béat accroché au visage, il regarde passer un avion dans le ciel gris sale.
Il est assis sur une affiche représentant le sable d’une plage exotique avec ses coquillages et ses étoiles de mer. L’image est grossièrement plaquée au sol par du gros adhésif marron. Au travers de ses lunettes de soleil bardées d’électronique, son regard est perdu dans le vague. Pour lui, les odeurs des pots d’échappement, le raffut des véhicules et l’autoroute, tout s’est évanoui. La photo sur laquelle il est assis est le point de départ d’une plage à Maracas Bay, sur l’île caribéenne de la Trinité ; un des endroits idylliques qu’il ne visitera probablement jamais.
Ses pieds nus, aux côtés desquels sont posées des baskets qui ont déjà trop vécu, sont doucement léchés par les vagues holographiques. Des ersatz de cocotiers, caricatures aux troncs en forme de poire et aux feuilles à l’aspect caoutchouteux, sont plantés à la place des piliers du pont d’une des voies rapides. Seul l’avion est encore visible dans ce monde fictif. Dans un ciel peint d’un bleu intense, l’aéroplane file sans plus de fumée vomie par ses turbines. Virgil profite du soleil artificiel en écoutant les mouettes.